Pour métaphoriser l'inexplicable, je dirais que c'est l'histoire d'une grand mère. Elle est là, rêveuse, la brise d'automne lui caressant la joue, l'aidant à tourner les pages de sa mémoire. Elle ne relit pas l'histoire pour s'aider à faire la sieste, elle la revit. On la croit légumée, son regard vide, le sourire béta, ne bougeant plus, perdue dans les abymes de ce songe, perdue dans les détours que la vie a fait prendre à ces chemins éparses. Elle repense à ces deux jeunes, ceux qui ont pris les risques de vivre en aimant. Le risque oui, puisque même si l'on nait par le jeu d'un hasard, on pourrait très bien se restreindre au minimum et se dire que, une vie sans trop se mouiller et une vie sans se noyer. Mais ce n'était pas leur cas. Cette histoire, ce n'est pas celle de Roméo & Juliette non, en rit-elle, mais disons juste celle d'Alex & Lily, et s'en est bien assez, détrompez-vous. Se contrebalançant, sa petite fille rajustant sa couverture sur ses genoux, son chat lui léchant le bout de son nez frais, elle les entend encore rire. Je ne pourrai pas parler de hasard éternellement, puisqu'au bout du compte je penserai que c'était le destin. Le destin juste? Ou le but d'une vie, de leur vie?
Ils auraient pu se croiser des centaines de fois sans se connaitre. Ils auraient pu se parler et se cracher dessus. N'en était-ce pas l'initial? Le début de leur rencontre? Si à vrai dire. Rien ne les poussaient à se parler. Mais il en fut. N'est ce pas la preuve qu'ils le savaient? Non à vrai dire. Ça ne l'était pas. La preuve, ils ne l'auront que plus tard. La preuve, la preuve.. Elle n'a pas servi à démystifier la raison du c½ur, le c½ur n'en ayant point, la révolution s'acheminant vers l'anarchie sentimentale, vers le bouleversement le plus absurde, montant, s'exubérant, plaisant à l'assouvissement d'une attente trop longue, aujourd'hui et demain savourant cette entortillement cérébral, qui les a convaincu du seul but de toute cette démesure.
Une année. Oui, elle ne lui parlait pas pour lui lancer des fleurs dés le début, mais il ne cessait de sourire, de lui tendre la main, de l'aider et de lui montrer qui il était, sans se prouver à lui même ce qu'il valait. Faire les choses pour soit, et non pas pour les autres. Cours nu, lance de la peinture sur leur vie en noir et blanc, soulève ta jupe devant les nones, défit les lois, apprend que ton avenir ne sera pas celui d'un tel. Intrigant sans vivre dangereusement, plait-il que les jours s'en suivent sans les compter. Il aurait donc fallu une année pour se rapprocher, pour s'adorer, pour tout partager. Mais sans se voir. Non pas à cause de la distance, mais peut-être simplement que le besoin n'était pas encore là. Mais lorsqu'il est venu, les journées ont succédés.
Les journées s'en sont suivis, les mois passant, les fleurs fleurissant au gré du vent. Ce serait vulgaire de dire que cette joie imanante lui foutait la trique, mais elle n'en pensait pas moins. Ils sont allés à la Japan expo en juillet, ils ont participé au tournage du teaser de landscape en septembre ainsi qu'ils se sont entrevus à la technoparade en septembre, et enfin ils ont passé une soirée de novembre au Monsterfest, au batofar. Ils partagent désormais tout, Ils rient de la même chose, Ils jouent sur ce même fil incoupable, fabulant sans tomber, ou quoi qu'il arrive ils se rattraperaient à l'autre.
Seulement vint le vingt-sept octobre, ou elle l'a vu pleuré. Elle a pleuré aussi, dépassée par cette fougue l'emportant. Il faisait nuit, il l'a agrippé et l'a serré contre lui. A ce moment là ils ont échangé leur c½urs. Il avait le sien. Elle avait le sien. Une bulle a commencé à se former autour d'eux, et ils n'en sont toujours pas sortie.
Ce matin là, le vingt-huit novembre, se balader dans Paris par une matinée fraiche après avoir raté son réveil, après s'être réchauffé auprès de ce café et de cette cigarette, ils regardèrent ces gens passés, cette vie s'accélérer, au c½ur de la capitale. Mais tout étant extérieur à eux.. Cette matinée, ces premiers instants seuls, juste cela, a été le début de tout.
Le temps, les disputes, les pleurs, se sont entremêlés avec les exaspérations, l'éphémèrisme des décisions avenantes, mais il fallait savoir, il fallait s'en sortir. Les rumeurs courant, les amitiés prenant partis.. Le silence n'a pas pu garder ce poids, le silence nous trahit tous. Se renfermant dans cette bulle, fermant les yeux et croyant en l'autre, pourquoi devoir en sortir? C'est la raison du deux décembre.. La plus belle journée que les temps ont pu connaître. Tout était parfait. Once upon a time, happy ending tout y était. Les je t'aime, les rires, les taquineries.. C'était la première fois que leurs sentiments ont fusionnés de la sorte, c'était la première fois qu'ils se sont senti qu'un.
Revenons à notre grand mère. Elle referma le livre, ne pouvant lire la suite. La suite, ces pages blanches oui, plutôt. Elle savait lire ce qui ne s'écrivaient pas. Elle savait que tout ne se tenait que dans la simple prise de décision de cette fille. Elle avait peur. Mais elle lui fait confiance. Ils s'aiment, défient toutes raisons, déplaisent, provoquent, mais toujours ensemble, quoi qu'il en advienne. Elle pourra encore l'imaginer sur ses épaules en sautant partout en écoutant du métal, ce n'est pas un problème. C'est leur Histoire. La notre..
Alex.. Je n'ai pas grand chose à t'offrir, pas grand chose pour tout décrire. Juste ces trois mots et sept lettres, juste ce
je t'aime que mon c½ur répète. Une rencontre du hasard, des délires en bazar. Plus que tout, envers et contre vous, le meilleur ami qui me fait aimer la vie. Alexandre Gomes, le petit frère parfait.. Toi.. plus moi, ensemble à notre façon aujourd'hui.
Je t'aime plus que tout au monde.